13.10.05

Le grand incendie

La déferlante. Que de choses, que de choses se sont passées en l'espace de moins d'un an dans un pays où il ne se passait plus rien depuis 1991.

Certains optimistes imbibés de candeur ont baptisé cette micro-tranche d'Histoire le 'Printemps de Beyrouth'. C'est joli, lyrique, et plein de références symboliques. Mais c'est, à mon avis, un petit peu ingénu.

Certains se croient au carrefour de l'Histoire, croient mener les événements, croient que l'assassinat de Rafic Hariri n'est qu'une vulgaire gaffe du régime sécuritaire syrien au Liban, et que la mobilisation du peuple et de ses leaders-héros-de-l'opposition-plurielle furent un acte courageux, et efficace [oui, ils croient touts avoir chassé l'armée syrienne du Liban!]...

Mais, que diantre, réfléchissons un peu.

En deux centaines de jours:
- Le premier ministre intouchable, aux 9 milliards de dollars de fortune personnelle, est assassiné, mettant subitement toute la communauté sunnite au dos de la Syrie. Mais n'oublions pas dans l'équation que cette communauté, bien plus et bien avant la chiite, a toujours été le principal support de la fusion avec la Syrie-soeur. Il est donc logique qu'il fallait frapper bien fort pour la faire tourner de direction.
- Les américains s'intéressent subitement aux 'petits problèmes' des libanais: l'ingérence syrienne, les détenus libanais en Syrie, les fermes de Chebaa...
- Avant celà, les américains commencent à ouvrir/créer des dossier syriens, notamment la perméabilité de ses ffrontières avec l'Irak et l'infiltration d'armes et de kamikazes pour renflouer la résistance contre l'armée US.
- Série d'attentats à la bombe dans les quartiers chrétiens
- Succession de plusieurs assassinats, dont certains ratés: Samir Kassir [journaliste au Nahar, éditorialiste, écrivain], Georges Hawi [ex-secrétaire général du PCL], May Chidiac [journaliste à la LBCI], Élias Murr [ministre de l'Intérieur]...
- Michel Aoun rentre d'exil, Samir Geagea sort de prison

Sur le plan régional:
- Yasser Arafat et Hafez el-Assad ayant disparu de la circulation, les nouveaux régimes des dernières entités arabes à être en conflit ouvert avec Israël ont le ventre mou et la peau tendre.
- Sharon a l'air déterminé à avoir son nom inscrit dans les livres d'Histoire comme étant celui qui a permis la création de l'État palestinien [semi]indépendant, signature de paix à l'appui.
- George Bush entame un beau périple initiatique à la culture orientale, en passant par l'Afghanistan et l'Irak. Il ne reste plus que la Syrie, puis l'Iran. Et le pétrole est [encore plus] dans la poche.

Je ne sais pas si vous le sentez, mais nous sommes à l'aube d'un chamboulement incroyablement spectaculaire, dont nous n'avons encore AUCUNE idée. Ni du concept, ni de l'ampleur.

Est-ce pour le mieux???

Le parti Baas syrien est sur le point de perdre le pouvoir. Les Frères Musulmans et le fondamentalisme sunnite attendent. Les laïcs auront du mal. On se rendra peut-être compte un jour que le Baas syrien, laïc mené par la communauté alaouite, était un meilleur plan. Mais voyons voir l'Irak.

Les ricains sont dans nos jupons. Bonjour les amis, nous n'avons pas de pétrole au Liban. Ah? Le Liban n'est qu'un exemple? Un catalyseur? Une carotte? Mh, ouais, c'est déjà plus compréhensible.

Mais finalement, finalement, comme le dit mon bon ami Wael, le Liban est l'anus de la région. Et si changement il y a, n'importe où à moins de 1000km à la ronde, ça va chier grave ici, chez nous.

Attendons le feu d'artifice, ça promet d'être chouette.

3 commentaires:

gabrielf a dit…

trés cher ami attention la fortune de hariri ne se calcule pas en millions!!!!! 9 millions c'est ce que a en poche pas moins de 900 libanais... Attention de confondre million et milliard!!!! erreur aussi de penser que ça va chier au Liban, ça à chier au Liban avant mais plus maintenant, ça chiera en syrie qui va changer de régime oui, mais Beyrouth is on the right track, et un peu d'optimisme bon sang la mort du parti baas ne peut etre que positive pr beyrouth, laîc ou pas, c un parti pourri qui a foutu la merde pendant 30 ans.

shlon a dit…

Oups!!! J'ai dit millions??? :))

shlon a dit…

la "mort du parti baas" comme tu dis peut être de deux choses l'une:

- soit positive pour beyrouth, dans le cas où la population syrienne prend les choses en main, et mène son avenir en conaissance de cause - ce qui est extrêmement improbable, pour un peuple analphabète, qui n'a appris pendant 3 décades que les préceptes dictés par le Baas...

- soit négative, extrêmement négative, si ce même peuple perd les pédales, s'il tombe de gré ou de force dans le fondamentalisme, ou pour le moins, dans l'instabilité politique - n'oublions pas qu'avant la prise de pouvoir par un officier de l'aviation syrienne du nom de Hafez el Assad, la syrie changeait de régime comme d'autres changeaient de chaussettes.

L'avènement d'un régime fondamentaliste en Syrie renforcerait les groupuscules fondamentaliste sunnites libanais, particulièrement au Nord du Liban.

etc...